Vous avez découvert une infidélité. Vous avez subi des humiliations ou des violences. Vous avez pourtant tenté de sauver votre mariage. Cette réconciliation peut-elle vous empêcher ensuite de demander le divorce pour faute ?

La réponse peut être oui.

Le divorce pour faute existe toujours en droit français.

Mais il ne suffit pas d’accuser son conjoint d’avoir mal agi.

Il faut identifier une violation des devoirs et obligations du mariage. Il faut démontrer son caractère grave ou renouvelé. Les faits doivent être imputables au conjoint. Ils doivent enfin rendre intolérable le maintien de la vie commune.

Une difficulté supplémentaire peut bouleverser toute la procédure.

La réconciliation.

L’article 244 du Code civil prévoit qu’une réconciliation intervenue après les faits reprochés empêche de les invoquer comme cause de divorce.

La conséquence peut être considérable.

Une personne peut disposer de preuves sérieuses contre son conjoint et voir sa demande déclarée irrecevable parce que son comportement après les faits démontre une véritable volonté de pardonner et de reprendre la vie conjugale.

Mais toute reprise de la vie commune ne constitue pas une réconciliation.

Rester sous le même toit pour protéger ses enfants, faute de ressources financières ou parce qu’aucune solution de logement n’est disponible ne signifie pas nécessairement que les fautes ont été pardonnées.

Il faut donc comprendre précisément ce que le droit considère comme une réconciliation.

Sommaire

  1. Quels sont les quatre cas de divorce en France ?
  2. Dans quelles conditions peut-on demander un divorce pour faute ?
  3. Qui doit prouver la faute ?
  4. Quelles preuves peut-on produire devant le juge ?
  5. Faut-il une condamnation pénale pour invoquer des violences conjugales ?
  6. Pourquoi la réconciliation peut-elle rendre une demande irrecevable ?
  7. Comment le juge reconnaît-il une véritable réconciliation ?
  8. Continuer à vivre ensemble signifie-t-il avoir pardonné ?
  9. De nouvelles fautes permettent-elles d’engager une nouvelle procédure ?
  10. Les anciennes fautes peuvent-elles être utilisées à nouveau ?
  11. Les erreurs à éviter.
  12. Pourquoi l’accompagnement d’un avocat est souvent déterminant.
  13. FAQ.
  14. Sources.

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Quels sont les quatre cas de divorce prévus par le droit français ?

Le Code civil prévoit quatre voies principales pour divorcer.

Le divorce par consentement mutuel permet aux époux qui sont d’accord sur le principe de la rupture et sur toutes ses conséquences d’organiser leur divorce par une convention contresignée par leurs avocats et déposée au rang des minutes d’un notaire. Certaines situations imposent toutefois l’intervention du juge.

Le divorce accepté concerne les époux qui acceptent définitivement le principe de la rupture du mariage mais restent en désaccord sur ses conséquences.

Le divorce pour altération définitive du lien conjugal peut être demandé lorsque les époux vivent séparés depuis au moins un an au moment prévu par les textes.

Enfin, le divorce pour faute permet à un époux de demander au juge de prononcer le divorce en raison du comportement de son conjoint.

Ces quatre procédures répondent à des conditions et à des stratégies différentes.

Le choix du fondement du divorce doit donc être effectué après une analyse de la situation familiale, des preuves disponibles et des objectifs poursuivis.

Quand peut-on obtenir un divorce pour faute ?

L’article 242 du Code civil fixe les conditions.

Le divorce peut être demandé lorsque le conjoint a commis des faits constituant une violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage.

Ces faits doivent lui être imputables.

Ils doivent également rendre intolérable le maintien de la vie commune.

Plusieurs comportements peuvent, selon leur gravité, leur répétition et le contexte familial, être invoqués.

Les violences physiques.

Les violences psychologiques.

Les insultes répétées.

Les humiliations.

Le harcèlement.

L’infidélité.

L’abandon du domicile conjugal dans certaines circonstances.

Le défaut de contribution aux charges du mariage.

Le non-respect grave des obligations de secours ou d’assistance.

Mais aucune liste ne permet d’obtenir automatiquement un divorce pour faute.

Le juge examine les faits, leur gravité, leur ancienneté, leur répétition, les circonstances dans lesquelles ils se sont produits et les preuves apportées par les époux.

Accuser son conjoint ne suffit pas

C’est une règle fondamentale.

Celui qui invoque des faits doit les prouver.

Une procédure de divorce ne se gagne pas sur la seule conviction d’avoir été victime d’un comportement fautif.

Il faut constituer un dossier probatoire.

Les faits doivent être établis par des éléments suffisamment précis et concordants.

Des messages.

Des courriels.

Des photographies.

Des documents bancaires.

Des certificats médicaux.

Des plaintes.

Des décisions pénales.

Des constats de commissaire de justice.

Des attestations conformes aux exigences procédurales.

D’autres éléments peuvent être utilisés selon la situation.

La preuve est donc au centre du divorce pour faute.

Des attestations trop générales peuvent fragiliser le dossier

Les témoignages de proches peuvent être produits devant le juge.

Mais leur contenu doit être précis.

Une attestation indiquant simplement que le conjoint était « violent », « agressif » ou « infidèle » peut avoir une valeur probatoire limitée si le témoin ne rapporte aucun fait personnellement constaté.

Le témoin doit décrire ce qu’il a vu ou entendu.

Il doit préciser les circonstances.

Il doit dater les événements lorsqu’il le peut.

Il ne doit pas se limiter à reproduire les déclarations de l’époux qui lui demande de témoigner.

Une accumulation d’attestations imprécises ne remplace pas des éléments probatoires solides.

Une condamnation pénale définitive est-elle obligatoire pour obtenir un divorce

pour faute en cas de violences ?

Non.

C’est une correction importante à apporter au texte initial.

Le divorce pour faute relève de la matière civile.

Une condamnation pénale définitive n’est pas une condition légale imposée par l’article 242 du Code civil pour établir l’existence de violences conjugales.

Le juge civil apprécie les éléments de preuve produits devant lui.

Des certificats médicaux, des témoignages, des messages, des photographies, des plaintes et d’autres éléments peuvent être examinés.

Une décision pénale constitue naturellement un élément important.

Mais affirmer qu’une condamnation pénale définitive serait indispensable serait juridiquement inexact.

De même, une relaxe pénale ne provoque pas automatiquement l’échec d’une demande de divorce pour faute.

Il faut examiner le motif de la décision pénale et l’ensemble des preuves soumises au juge civil.

Cette distinction entre procédure pénale et procédure civile est essentielle.

Le véritable piège : la réconciliation après les fautes

Imaginons une situation.

Un conjoint découvre une relation extraconjugale.

Il décide de quitter le domicile.

Quelques mois plus tard, le couple se rapproche.

Les époux reprennent durablement une vie commune.

Ils rétablissent une véritable relation conjugale.

Le conjoint trompé manifeste clairement sa volonté de pardonner.

Deux ans plus tard, il demande le divorce pour faute en invoquant uniquement l’infidélité ancienne.

Cette demande peut se heurter à l’article 244 du Code civil.

Le texte prévoit que la réconciliation intervenue après les faits allégués empêche de les invoquer comme cause de divorce.

Le juge doit alors déclarer la demande irrecevable.

La réconciliation efface-t-elle juridiquement la faute ?

Il faut employer les bons termes.

La réconciliation ne fait pas disparaître matériellement les faits.

Elle ne signifie pas que la faute n’a jamais existé.

Elle produit une conséquence procédurale précise.

Les faits antérieurs à la réconciliation ne peuvent plus, à eux seuls, servir de fondement à une demande de divorce pour faute.

C’est une différence importante.

Les faits restent dans l’histoire du couple.

Mais leur utilisation comme cause du divorce devient impossible tant qu’aucun fait nouveau survenu ou découvert après la réconciliation ne permet de former une nouvelle demande.

Comment reconnaître une véritable réconciliation ?

Le Code civil ne donne pas une définition détaillée de la réconciliation.

Le juge doit donc examiner le comportement des époux.

Une simple cohabitation ne suffit pas nécessairement.

Une tentative ponctuelle de rapprochement ne constitue pas automatiquement une réconciliation.

La reprise temporaire de la vie commune ne suffit pas non plus si elle résulte uniquement de contraintes matérielles.

Pour établir une véritable réconciliation, il faut rechercher une volonté de pardonner les faits et de reprendre réellement la vie conjugale.

Plusieurs éléments peuvent être examinés.

La reprise durable de la vie commune.

La reprise d’une vie affective commune.

Les échanges entre les époux.

Les projets communs.

Les déclarations faites aux proches.

Les démarches entreprises ensemble.

Le comportement des époux après les faits.

Aucun élément ne suffit nécessairement à lui seul.

Le juge apprécie l’ensemble de la situation.

Rester sous le même toit ne signifie pas forcément pardonner

Le deuxième alinéa de l’article 244 du Code civil protège expressément certaines situations.

Le maintien ou la reprise temporaire de la vie commune ne constitue pas une réconciliation lorsqu’il résulte uniquement de la nécessité ou d’un effort de conciliation.

Cette règle est importante.

Une personne peut continuer à vivre avec son conjoint parce qu’elle n’a pas les moyens de financer un second logement.

Elle peut rester pour organiser la prise en charge des enfants.

Elle peut dépendre financièrement de son conjoint.

Elle peut avoir besoin de temps pour préparer son départ.

Elle peut tenter une médiation ou une conciliation.

Ces circonstances ne permettent pas automatiquement de conclure à l’existence d’une réconciliation.

Le juge doit rechercher l’existence réelle d’une volonté de pardonner et de reprendre la vie conjugale.

Attention à la jurisprudence du « 7 janvier 2025 »

Le texte initial mentionne une décision du 7 janvier 2025 concernant une épouse restée cinq années au domicile conjugal en raison d’une grande précarité financière.

Je n’ai pas retrouvé, dans les sources juridictionnelles officielles accessibles, une décision correspondant avec suffisamment de certitude à cette description.

Il serait donc préférable de ne pas citer cette jurisprudence dans l’article définitif sans disposer du numéro de décision, de la juridiction et du texte intégral du jugement ou de l’arrêt.

Le principe juridique à retenir reste toutefois certain.

La simple poursuite de la cohabitation ne suffit pas à caractériser une réconciliation lorsque cette situation résulte de la nécessité. Ce principe figure directement dans l’article 244 du Code civil.

Que se passe-t-il si une nouvelle faute est commise après la réconciliation ?

La réconciliation n’accorde aucune immunité pour l’avenir.

L’article 244 du Code civil prévoit expressément qu’une nouvelle demande peut être formée lorsque des faits surviennent ou sont découverts après la réconciliation.

Prenons un exemple.

Une infidélité est découverte.

Les époux se réconcilient.

Plusieurs années plus tard, une nouvelle relation extraconjugale est découverte.

L’époux concerné peut engager une nouvelle procédure sur le fondement de ces nouveaux faits.

Autre situation.

Les époux se réconcilient.

Puis l’un d’eux découvre l’existence de faits graves qui s’étaient produits avant la réconciliation mais dont il ignorait l’existence.

Le texte permet également de former une nouvelle demande en raison de faits découverts après la réconciliation.

Les anciennes fautes peuvent-elles revenir dans le dossier ?

Oui.

C’est une autre subtilité importante de l’article 244 du Code civil.

Lorsqu’une nouvelle demande est fondée sur des faits survenus ou découverts après la réconciliation, les faits anciens peuvent être rappelés à l’appui de cette nouvelle demande.

Les anciennes fautes ne suffisent plus, à elles seules, à fonder le divorce.

Mais elles peuvent retrouver une utilité pour éclairer le comportement du conjoint et replacer les nouveaux faits dans leur contexte.

La réconciliation ne constitue donc pas un effacement définitif de toute l’histoire conjugale.

Attention à l’évolution récente du droit sur le prétendu « devoir conjugal »

Le droit du divorce pour faute connaît également une évolution importante.

Le 23 janvier 2025, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France dans l’affaire H.W. c. France.

La juridiction européenne a jugé contraire au droit au respect de la vie privée le fait de prononcer un divorce aux torts exclusifs d’une épouse au motif qu’elle avait cessé d’avoir des relations sexuelles avec son conjoint.

La Cour a rappelé que le consentement au mariage ne signifie pas un consentement aux relations sexuelles futures.

Cette décision doit être prise en compte dans l’analyse actuelle des fautes conjugales.

Les erreurs à éviter

• Engager une procédure pour faute sans avoir préalablement évalué les preuves disponibles.

• Penser qu’une plainte suffit automatiquement à établir la faute.

• Affirmer qu’une condamnation pénale définitive est obligatoire en cas de violences conjugales.

• Croire qu’une relaxe pénale entraîne automatiquement le rejet du divorce pour faute.

• Produire uniquement des attestations générales rédigées par des proches.

• Reprendre durablement la vie conjugale après avoir clairement pardonné les faits sans mesurer les conséquences de l’article 244 du Code civil.

• Confondre cohabitation imposée par des difficultés financières et véritable réconciliation.

• Croire que les anciennes fautes pourront toujours être invoquées seules après une réconciliation.

• Ignorer que des faits nouveaux ou nouvellement découverts peuvent permettre d’engager une nouvelle demande.

Pourquoi l’accompagnement d’un avocat est souvent déterminant

Le divorce pour faute nécessite une analyse précise avant même d’engager la procédure.

Il faut identifier les faits juridiquement pertinents.

Il faut déterminer s’ils sont suffisamment graves ou répétés.

Il faut vérifier les preuves disponibles.

Il faut rechercher si une réconciliation est intervenue.

Il faut analyser le comportement des époux après les faits.

Il faut distinguer une véritable volonté de pardonner d’une simple cohabitation imposée par la nécessité.

Il faut également vérifier si de nouveaux faits sont survenus ou ont été découverts après une éventuelle réconciliation.

Une mauvaise qualification juridique peut conduire à l’irrecevabilité ou au rejet de la demande.

L’avocat permet d’évaluer les chances de succès de la procédure et de déterminer si le divorce pour faute constitue réellement le fondement le plus adapté.

FAQ

La réconciliation empêche-t-elle toujours de demander le divorce ?

Non. Elle empêche d’invoquer comme cause du divorce les faits antérieurs qui ont été pardonnés. D’autres fondements de divorce peuvent rester envisageables selon la situation.

Puis-je demander un divorce pour faute après avoir pardonné une infidélité ?

L’infidélité antérieure à une véritable réconciliation ne peut plus, à elle seule, servir de cause au divorce pour faute.

Continuer à habiter avec mon conjoint signifie-t-il que je lui ai pardonné ?

Non. Le maintien de la vie commune résultant uniquement de la nécessité ou d’un effort de conciliation ne constitue pas une réconciliation au sens de l’article 244 du Code civil.

Une condamnation pénale est-elle obligatoire pour prouver des violences conjugales ?

Non. Le juge civil examine l’ensemble des éléments de preuve régulièrement produits.

Une relaxe pénale empêche-t-elle toujours d’obtenir un divorce pour faute ?

Non. Il faut examiner les motifs de la décision pénale et les autres preuves disponibles.

De nouvelles fautes peuvent-elles permettre d’engager une nouvelle procédure ?

Oui. Une nouvelle demande peut être fondée sur des faits survenus ou découverts depuis la réconciliation.

Puis-je rappeler les anciennes fautes dans cette nouvelle procédure ?

Oui. L’article 244 permet de rappeler les faits anciens à l’appui de la nouvelle demande.

Sources

Code civil, article 242, conditions du divorce pour faute.

Code civil, article 244, effets de la réconciliation, maintien de la vie commune par nécessité et possibilité d’une nouvelle demande fondée sur des faits nouveaux ou nouvellement découverts.

Code civil, articles 229 à 247-2, différents cas de divorce.

Cour européenne des droits de l’homme, H.W. c. France, 23 janvier 2025, concernant le divorce pour faute fondé sur le refus de relations sexuelles.

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